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François Georges Auguste DAUVERNÉ

 


Trompettiste virtuose, pédagogue et compositeur français (1799-1874)


 


 


François Georges Auguste DAUVERNÉ naquit à Paris, 2ème arrondissement, le 28 pluviose an VII du calendrier révolutionnaire, soit le 16 février 1799.

À l’âge de douze ans, il débuta l’apprentissage du cor, instrument qu’il abandonna peu après pour se consacrer à l’étude de la trompette auprès de son oncle Joseph David Buhl (1781-1860)  trompette-major du guet et chef de la Musique des escadrons de service des gardes-du-corps du Roi Louis XVIII et première trompette de l’Opéra et du théâtre royal italien.

F.G.A. Dauverné acquit une rapide maîtrise de l’instrument qui lui permit d’intégrer la Musique du Roi, formation  musicale où il fut admit le 1er juillet 1814, en qualité de musicien de 3ème classe, bien qu’il ne fut âgé que de quinze ans et quelques mois. Il est nommé musicien de 2ème classe le 1er février 1824 et resta attaché à cette institution jusqu’aux journées révolutionnaires de Juillet 1830, son engagement prenant fin officiellement le 24 août 1830 (1).

 


Lithographie d' Eugène Titeux :

Instrumentiste de la

Musique des Gardes-du-Corps du Roi (1820-1830).

(Collection Jean-Louis Couturier).

 

 


Lithographie

Portrait d'après nature par P. Van Geel (1835).


Le 1er janvier 1820, F.G.A. Dauverné obtint après concours le poste de première trompette de l'Académie Royale de musique (Opéra), alors qu’il n’est âgé que de vingt-et-un ans (il occupa cet emploi pendant trente et un ans, n’ayant prit sa retraite que le 1er juillet 1851 !). Au sein de l’orchestre, il joua une trompette naturelle circulaire du facteur Raoux qu’il utilisa de 1820 à 1826, la trompette à clés notamment pour Ipsiboé (1824) de Kreutzer (2), la trompette naturelle droite (réintroduite à l’Opéra dès 1826), puis la trompette chromatique, ainsi que du cornet à pistons, dès 1829, puisque le poste de cornet solo ne vit le jour que durant l’année 1850 (3).

 

 

Virtuose reconnu de l’instrument, Dauverné réussit également le concours d’admission au poste de premier trompette de la Chapelle Royale, en date du 1er janvier 1821. Le musicien conserva son poste jusqu'en 1830, époque à laquelle la révolution entraîna la suppression de cette institution. Peu de temps après son avènement, le Roi Louis-Philippe réinstaura La Chapelle Royale. Dauverné fut alors rappelé à son poste où il séjourna jusqu’aux heures de la nouvelle révolution de février 1848, dont les événements contribuèrent à la suppression définitive de la Musique du Roi.

 

Au mois de juin 1833, Luigi Cherubini (1760-1842) directeur du Conservatoire de Paris choisit F.G.A. Dauverné afin de lui confier la première classe d’enseignement de la trompette, section nouvellement créée à l’initiative du directeur. Le professeur Dauverné conservera son poste pendant plusieurs décennies, ce jusqu’au 1er janvier 1869, date de son admission à la retraite du Conservatoire (4). Il y enseignera la trompette naturelle, la trompette à coulisse, ainsi  que la trompette chromatique.

Dauverné sera appelé par le compositeur M.E. Carafa (1787-1872), directeur du Gymnase musical militaire, afin d'enseigner la trompette au sein de cette institution, en parallèle à son activité d'enseignement au Conservatoire. Son mandat de professeur de trompette au Gymnase s'exercera du 1er juillet 1849, jusqu’au 1er mars 1855, date de fermeture de l’établissement. Par ailleurs, Dauverné fut aussi nommé au grade de Capitaine chef de la Musique de la 3ème Légion de la Garde Nationale de Paris pour la période du 1er juillet 1848 au 1er janvier 1852.

En novembre 1826, le chef d’orchestre François-Antoine Habeneck (1781-1849), grand admirateur de L.V. Beethoven, convia nombre de ses amis musiciens pour la plupart en poste à l’Opéra, à une lecture de la Symphonie héroïque. D. Buhl et F.G.A. Dauverné furent présents à cette première répétition qui engendra un enthousiasme annonciateur de la fondation de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, qui interviendra en 1828. Dauverné sera naturellement sollicité afin de tenir le poste de première trompette de la jeune phalange symphonique.



Photographie autographe (1864).

 

 

 

 

 

 

Rapidement, Dauverné acquit une solide réputation d’instrumentiste. En 1835, le compositeur et chef d’orchestre Hector Berlioz (1803-1869), projetant une série de concerts avec un orchestre constitué à partir des meilleurs musiciens de la capitale, le consignera sur sa liste pour le poste de 1ère trompette. Dauverné participa aux deux grands concerts dirigés par Hector Berlioz, respectivement les 22 novembre & 13 décembre 1835. Le programme de ces deux concerts comportait Harold en Italie et la Symphonie Fantastique. Il est fort vraisemblable que Dauverné, de par sa position, prit part aux créations ultérieures de Berlioz. Le compositeur cite d’ailleurs Dauverné dans ses mémoires, à propos de la participation de ce dernier à  La Grande messe des morts (Requiem), dont la première exécution fut donnée aux Invalides, sous la direction d’ Habeneck, le 5 décembre 1837.

Le 03 février 1844, H. Berlioz dirigea à Paris un concert dédié à ses oeuvres. Parmi celles-ci fut exécuté pour la première fois un "Hymne" arrangé spécialement pour six instruments à vent inventés et perfectionnés par Adolphe Sax, interprété par les meilleurs solistes du moment :

- Petite trompette dixième à cylindres en mi bémol aigu (Dauverné) ;

- Petit bugle à cylindres en mib aigu (Arban) ;

- Grand bugle à cylindres en si bémol (Dufresne) ;

- Clarinette soprano (Lepers) ;

- Clarinette basse (Duprez) ;

- Saxophone (Sax).

 

En tant que  pédagogue, F.G.A. Dauverné composa plusieurs ouvrages d’envergure : une « Théorie ou tablature de la trompette à pistons » (1827), une « Méthode raisonnée de trompette à pistons » (1833), une « Méthode théorique & pratique de cornet à pistons ou à cylindres » (1846), ainsi que la célèbre "Méthode pour la trompette" publiée en 1856/1857. La publication de ce dernier ouvrage eut un retentissement considérable dans le monde musical. Cette méthode, validée par les instances musicales fut aussitôt adoptée par le Conservatoire de Paris et celui de Bruxelles, ainsi que par les armées.

On lui doit également des pièces pédagogiques dédiées à son instrument, dont plusieurs séries de duos concertants et de soli de concours, à l’usage de ses élèves (5).


F.G.A. Dauverné fut un témoin direct de la transition de la trompette naturelle vers la nouvelle trompette chromatique, comme en témoigne l’articulation de son  imposante « Méthode pour la Trompette ». Á cet effet, dès 1826, année de l’adoption  en France de la trompette à pistons, Dauverné persuada plusieurs compositeurs à s’intéresser aux perspectives offertes par la trompette chromatique en fa. Parmi ceux-ci, Hector Berlioz, qui l’utilisera dans l’Ouverture de Waverley (1827), tout comme Gioachino Rossini (1792-1886) qui fit de même pour  Guillaume Tell (représenté à l’Opéra de Paris en 1829) et Giacomo Meyerbeer (1791-1864) qui réserve à la trompette chromatique une partie prépondérante dans la ritournelle et le trio final du cinquième acte de Robert-le-Diable (opéra créé à l’Opéra de Paris le 21 novembre 1831 (6). À noter qu’en 1840, Meyerbeer avait rapporté de Berlin une très belle trompette à coulisse du facteur français Antoine Courtois, à l’intention de Dauverné, qui la joua jusqu’en 1846, date à laquelle elle fut donnée à son élève Jules Henri Louis Cerclier (1823-1897), lauréat (1er Prix) du concours de trompette du Conservatoire de Paris. (L’instrument a ensuite figuré lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1889) (7) :


"1er prix de Trompette décerné à l'élève J.H.L. Cerclier, le 3 août 1846"
Antoine COURTOIS Facteur du Conservatoire Rue du Caire 21 Paris.
Collection  Cité de la Musique - Paris

 

 

 


Photographie par Pierre Petit (1870).

Porte la dédicace : "A mon bon ami de Beauchesne".

[Alfred de Beauchesne (1804-1876)

secrétaire du Conservatoire de Paris]

François Georges Auguste Dauverné sera fait chevalier dans l’ordre de la Légion  d’honneur par décret du 14 août 1868, alors qu’il était toujours en poste au Conservatoire (8). En 1869, son élève, J.H.L. Cerclier lui succédera comme professeur de la classe de trompette.

Un autre de ces élèves, ne tarda pas à faire parler de lui : Joseph Jean-Baptiste Laurent Arban (1825-1889). Admis dans la classe de Dauverné, en 1841, âgé d'un peu plus de 16 ans, Arban démontra rapidement de brillantes facultés musicales. Il obtiendra un premier Prix de trompette en 1845 (le 2ème Prix étant décerné à Cerclier). Arban deviendra un soliste réputé qui défendra brillament les couleurs de son instrument de prédilection : le cornet à pistons. Arban sera nommé en 1857 au Conservatoire de Paris en qualité de professeur de Saxhorn (classe dédiée aux élèves militaires) puis comme professeur de cornet à pistons en 1869 (9).


Les registres de l’état civil font état du mariage de F.G.A Dauverné en date du 27 avril 1850. En sa qualité de première trompette de l’Opéra, son salaire annuel à compter du 1er juin 1835, était de 2 000 francs, alors que cette même somme ne lui fut allouée par le Conservatoire Impérial qu’en 1868, soit la dernière année de sa charge de professorat (10).

Par décret du 08 mai 1869, Dauverné bénéficiera d'une pension de retraite s'élevant à 975 francs.

Les documents consultés auprès des différentes administrations mentionnent que Dauverné a résidé à Paris, dans différents quartiers : 11 rue de la Bibliothèque (1822), 14 rue des Fossés St-Germain l'Auxerrois (1826), 33 rue de l’Arbre Sec (1831), 54 rue des Martyrs (1835), 29 Rue Lamartine (1850). Sa dernière résidence sera au 24 Rue des Grands-Augustins.

 

Lors de sa retraite, Dauverné fut encore souvent sollicité pour les jurys de la classe de trompette du Conservatoire.

Il se consacra également pleinement aux associations regroupant les formations instrumentales à vent :  fanfares, harmonies, dont il fut l'un des ardents défenseurs du genre, ne ménageant ni ses efforts ni sa disponibilité (11).



F .G .A Dauverné s’éteindra à Paris (6ème arrondissement), le 04 novembre 1874, dans sa 75ème année.

Ses obsèques auront lieu le vendredi 06 novembre 1874, en l'église Saint-Séverin à Paris.


Témoin privilégié de son temps, Dauverné vivra le Siècle de la révolution industrielle, où les aspects de la modernité affecteront bien des domaines, dont celui de la facture instrumentale en plein essor. À cet égard, il participa activement à la transition technologique entre tradition et modernité.


De par son implication personnelle, tant artistique que pédagogique, FGA Dauverné peut, à juste titre, être considéré en France, comme le « père » de l’école moderne de la trompette.

Acteur de premier plan de la vie musicale en France au XIX° Siècle, François Georges Auguste Dauverné restera comme un artiste complet, qui s'est voué, tout au long de sa carrière, à la défense de son art (12). Doté d'un esprit curieux et "moderne", il est un maillon essentiel dont l'action concrète favorisera l'émergence et  la reconnaissance du monde des "cuivres" en général et celui de la trompette en particulier.

 



L’œuvre :

F.G.A. Dauverné est l’auteur d’une série de morceaux de concours dédiés à ses élèves et composés à partir de 1835 pour la trompette chromatique avec un accompagnement orchestral. Ces compositions, quel que soit leur titre (SoloPolonaiseFantaisie),  adoptent soit la forme du concerto avec trois mouvements enchaînés, soit celle du thème et variations. Les « Solos » seront imposés aux concours du Conservatoire jusqu’au début des années 1900. Ce recueil de pièces forme le premier exemple de musique concertante dédiée à la trompette moderne de l'école française.


Le numéro d’opus des « Variations pour Trompette et Piano-Forte » laisse à penser qu’il s’agit ici de l’une des premières œuvres concertantes de l’auteur, composition que l’on peut dater vraisemblablement du début des années 1830.

L’édition originale précise « Variations non difficiles », ce qui atteste du niveau de maîtrise et de virtuosité acquis par son auteur, car cette notion de facilité est toute relative, cette pièce recélant plus d’une difficulté technique ! En revanche, le compositeur a pris le soin de répartir son discours dans le registre médium, avec des mentions permettant d’octavier les notes les plus aiguës, ce qui atteste également de son sens pédagogique avéré.

Les « Variations » de F .G .A Dauverné se présentent de façon probable, comme l’une des premières compositions pour Trompette et Piano de l’école française, Dauverné pouvant être considéré, à juste titre, comme l’illustre pionnier.


En 1847, Dauverné revient à son instrument de prédilection avec la composition du « Duo Concertant pour deux trompettes militaires » pièce de grande virtuosité adoptant également la forme du thème et variations.

Par « trompette militaire », il faut entendre « trompette naturelle » que le compositeur précise dans la tonalité d’ut. Dauverné affectionnait particulièrement cet instrument, comme en témoigne le commentaire d’introduction de sa « Méthode de Trompette » (Paris 1857) : « …Les inventions modernes des pistons et cylindres […] ne remplaceront jamais, sous le rapport de la clarté et de la pureté du son, la trompette naturelle, tant appréciée, dans sa simplicité, par les compositeurs d’intelligence et de goût […] »

La tessiture adoptée pour le « Duo Concertant », couvre deux octaves – du sol grave au sol aigu – en évitant soigneusement les deux harmoniques naturelles à la justesse très relative : le si bémol médium et le fa aigu.

 

Quant à la composition du « Coup d’État musical du 02 décembre 1864 » pour 7 trompettes naturelles (ré/la), (dédiée à Georges Kastner) il s’agit là d’une énigme … Pourquoi Dauverné a-t-il voulu honorer ainsi ce jour particulier ?

À moins qu’il ne s’agisse ici d’un clin d’œil malicieux d’un vieux professeur du Conservatoire Impérial de musique et de déclamation, envers son siècle, riche en rebondissements politiques variés où alternent rois, empereurs, révolutionnaires et partisans de la République ! Ou bien alors, s'agit-il tout simplement d’une double allusion commémorative : le soixantième anniversaire du Sacre de l’Empereur Napoléon Ier (02 décembre 1804), associée à celle du coup d’État de Napoléon III, en date du 02 décembre 1851… (La photo de Dauverné, le bras droit à l'intérieur de la redingote, peut laisser supposer l'admiration qu'il éprouvait pour Napoléon Ier...)

Quoi qu’il en soit, ce témoignage appuyé de Dauverné, est le support d'une marche triomphale, premier exemple significatif de fanfare pour trompettes multiples de l’école française.

 

© Jean-Louis Couturier.

RESTITUTIONS de Jean-Louis COUTURIER :



  • DOBLINGER Musikverlag (Wien) :

-          Variations pour Trompette et Piano (Op.3) ;

-          Duo Concertant pour trompettes militaires (in C) ;

 

 

  • Sempre più Éditions :

-          20 Études Caractéristiques pour Trompette seule ;

 


  • Éditions BIM/The Brass Press :

-          « Coup d’État musical du 2 décembre 1864 » marche triomphale pour 7 trompettes naturelles,

-          50 Fanfares pour 2 trompettes (Op. 4) ;

-          8 Solos pour trompette et orchestre (1860) :

-          Thème varié en mi ;

-          Concertino en ré ;

-          Fantaisie en mib ;

-          Thème varié en fa ;

-          Allegro marziale en fa ;

-          Thème varié en ut ;

-          Fantaisie en mib ;

-          Polonaise en fa.

 

 

 

 

Attestation d'attribution de la Légion d'honneur

à François Georges Auguste Dauverné

Professeur au Conservatoire Impérial de Musique.

 

Notes :


(1) cf. ordonnance de Charles X du 26 juillet 1829.


(2) La première représentation de cet ouvrage novateur, donnée à l’Académie royale de musique, eut lieu le 31 mars 1824. Selon une source différente, ce serait Baumann, et non Dauverné, qui interpréta la partie de trompette à clefs.


(3) En effet, par une lettre en date du 24 octobre 1848, adressée au directeur de l'Académie Royale de Musique, FGA Dauverné demande à être désaisi de son poste conjoint de cornet solo, au profit d'un artiste qui se consacrerait exclusivement à cet instrument. Cette requête fut donc agréée par la direction de l'orchestre de l'Opéra.

D'après le relevé de Georges Kastner, l'orchestre de l'Académie Royale de Musique en 1851 se décompose de la manière suivante (famille des cuivres) :

- 4 cors, 2 trompettes, 1 trompette à clés, 2 cornets à pistons, 3 trombones et 1 ophicléïde.

(Aux trompettes D. Buhl et son neveu Dauverné feront équipe seuls, pendant de nombreuses années.

Puis le pupitre comptera : Dauverné/Gambatti Frères (1828) ;  Dauverné/Bolreaux/Kresser, Schiltz (1837) etc.)

 

(4) Par arrêté du Ministre d'État en date du 13 mai 1862, Dauverné fut nommé membre du comité des études musicales du Conservatoire, ainsi que deux de ses confrères : François Bazin et Henri Reber.

Outre les nombreux jury réalisés au Conservatoire pour les différentes classes (solfège, chant, instrument), Dauverné, en qualité de rapporteur du comité dut, à de nombreuses reprises, émettre des avis d'opportunité aussi bien sur la parution de nouveaux ouvrages pédagogiques que sur l'amélioration ou l'invention de certains instruments de musique.

 

(5) Ces soli pour trompette chromatique en différents tons, furent imposés aux concours du Conservatoire, sans discontinuer de 1835 à 1882, (soit pendant 47 ans… !), puis respectivement en 1885, 1886, 1889, 1893,  et 1900, donc bien au-delà du départ de Dauverné. La Fantaisie, dédiée à Sa Majesté George V Roi de Hanovre, fut adressée au monarque, qui en retour adressa à Dauverné une médaille d'or et un bijou comme témoignage de sa satisfaction.


(6) Dauverné utilisa alors la première trompette à deux pistons que Meyerbeer fit venir de Berlin pour les représentations de "Robert le Diable". Dans un article publié le 12 juillet 1935, dans la Gazette Musicale de Paris, Hector Berlioz fit le commentaire suivant "de l'instrumentation de Robert-le-diable" : "... Je ne terminerai pas sans signaler encore l'heureuse hardiesse qui a fait confier à la trompette à pistons la mélodie si noblement belle du fameux trio du dernier acte".


(7) Les nouveautés techniques réalisées dans la facture instrumentale Allemande susicitaient un vif intérêt. Ainsi, le compositeur et chef d’orchestre Gaspare Spontini (1774-1851), comte de Saint-Andrea, s’étant installé à Berlin en 1820 (il occupait le poste de directeur général de la musique du Roi de Prusse), avait rapporté à Paris, au début du mois d'octobre 1826, plusieurs instruments à pistons perfectionnés par Stoelzel : cors, trompettes et cornets à pistons. Les trompettes (à 3 pistons) furent adressées à David Buhl et à Dauverné. Ce dernier expérimenta le nouvel instrument dont la sonorité et la justesse laissaient à désirer. Avec l'appui des artisans de la facture instrumentale française, Dauverné apporta un certain nombre d'améliorations à cette trompette chromatique à pistons. Rapidement, FGA Dauverné était en mesure de présenter l'instrument qui fut utilisé pour la première fois le 29 juin 1827 à l'Orchestre de l'Académie royale de musique, dans l'opéra "Macbeth" du compositeur André-Hippolyte Chelard (né en 1789).


(8) Par décret, FGA Dauverné se voit promu dans l'ordre impérial de la Légion d'honneur pour ses trente-cinq années de service au Conservatoire (on trouvera également au sein de cette promotion le nom du compositeur Camille Saint-Saëns).

Alors qu'il se trouve à Grenoble le 14 aôut 1868, Dauverné apprend la nouvelle de sa promotion par une dépêche adressé au jury du Concours des sociétés d'instruments à vent et orphéoniques. Placée sous la présidence d'Hector Berlioz, la commission est composée d'éminents artistes venus de Paris : Dauverné, François Bazin, Victor Massé, Elwart, Paulus (chef de la musique de la Garde) etc. De nombreux concerts furent donnés pour l'occasion, dont un, à double orchestre d'harmonie. Une délégation composés d'instrumentistes issus de plusieurs musiques militaires donna une aubade à l'intention d'Hector Berlioz. qui apparu particulièrement affaibli par la maladie. Ces rencontres musicales étaient organisées conjointement avec l'inauguration de la statue de Napoléon Ier sur la Place de la Préfecture de la capitale du Dauphiné. Considérant le nombre de sociétés musicales venues de toute la France et la présence de nombreux touristes, la municipalité avança la participation de plus de 100 000 personnes à ces "Fêtes de Grenoble" où Berlioz, l'enfant du pays, fut au centre de toutes les attentions. Certains observateurs considérairent que les marques de sympathie témoignées à Berlioz furent une sorte d'apothéose, dont les manifestations prirent l'allure de funérailles anticipées, le compositeur de la "Symphonie Fantastique" devant ne plus réapparaître publiquement jusqu'à sa disparition, le 08 mars 1869.

 

(9) Parmi les élèves de FGA Dauverné qui s'illustrèrent particulièrement, outre Arban et Cerclier, citons : Messemer (attaché à la musique de l'Empereur de Russie), Edmond et Ferdinand Dubois, Guérin, Trian, Michiels, Lallemant, Saint-Jacome, Chavanne etc.


(10) Pour sa présence au sein de ces deux institutions, la somme de ses revenus annuels était de 4000 francs, soit une estimation à nos jours de 18 400 euros (c’est à dire un peu plus de 1500 euros mensuels).


(11) Anecdote : Lors d'un jury d'un concours d'orphéons, organisé à Epernon, près de Reims, le 26 mai 1867, le plancher de l'estrade où se trouvaient les membres de la commission s'écroula. François Dauverné eu le bras gauche cassé et la main luxée. Par chance, deux médecins présents parmi les personnalités purent réduire la fracture et prodiguer rapidement au blessé les soins nécessaires.

 

(12) De par sa position d'instrumentiste et de professeur (il fut également élu au comité de l'Association des artistes musiciens) et compte tenu de sa participation à de nombreux jurys de concours, Dauverné cotoya les personnalités musicales suivantes (liste non exhaustive) : Adolphe Adam, Auber, Hector Berlioz, Luigi Cherubini, Félicien David, Léo Delibes, Antoine Elwart, François Habeneck, Halévy, Georges Kastner,  Klosé, Meyerbeer, Pasdeloup, G. Rossini, Spontini, Ambroise Thomas, Adolphe Sax.

 

 


Sources :


-  Actes d’état civil – registres de la Légion d’honneur : Archives de Paris – Archives Nationales (Paris) ;

-  Portrait et photographies : Bibliothèque Nationale de France ;

-  « Manuel général de musique militaire » par Georges Kastner (Firmin Didot – Paris 1848) ;

-  « Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique » par F.J. Fétis (Firmin Didot - Paris 1866-1868) ;

-  « De la trompette et du cornet à pistons » par F.G.A. Dauverné in « Encyclopédie pittoresque dela musique » par A. Ledhuy et H. Bertini
(H. Delloye, Éditeur Paris - 1835) ;

-   Précis historique "Méthode pour la trompette" (Brandus - Paris 1857) ;

-   « Histoire de la société des concerts du conservatoire impérial de musique » par A. Elwart (Castel Paris 1864) ;

-   « Le Conservatoire national de musique et de déclamation » par Constant Pierre – Paris 1900 ;

-   « Les facteurs d’instruments de musique » par Constant Pierre – Éditions Sagot – Paris 1893 ;

-   « Le Musée du Conservatoire de Musique » par Gustave Chouquet – Paris 1875 & 1884 ;

-   "Biographie nationale des contemporains" par Ernest Glaeser - Paris 1878 ;

-   « l’Orchestre de l’Opéra de Paris de 1669 à nos jours » par Agnès Terrier – Éditions de la Martinière 2003 ;

-   « La musique à Paris en 1830/1831 » par François Lesure – Édition Bibliothèque Nationale – 1993 ;

-    "Berlioz. La voix du romantisme." Ouvrage collectif. Bibliothèque nationale de France – 2003 ;

-    Hector Berlioz « Mémoires » - Flammarion Paris 1991 ;

-    « Joseph Arban (1825-1889) » par Jean-Pierre Mathez- Éditions Bim – Moudon 1977 ;

-    Frédéric Robert in « Dictionnaire de la musique en France au XIX° Siècle » par Joël-Marie Fauquet – Fayard ;

-    Edward H. Tarr in “Grove Dictionary”.

 


F.G.A. Dauverné : Méthode pour la Trompette (1857).
(Collection Jean-Louis Couturier)

 

 


Lithographie d'Alexandre Collette (1814-1876) :
COUTURE, élève de M. Dauverné (Gymnase musical militaire).

(Collection Jean-Louis Couturier).

 

Lithographie d'Alexandre Collette (1814-1876) :
P.N. BLANCKEMAN, Lauréat du Concours de 1849,

Elève de M. Dauverné, professeur au Conservatoire.

(Collection Jean-Louis Couturier).

 

 

Quelques Cornets à pistons, issus de ma collection :

 

 

 

 

 

 

Cornet de GAUTROT - Paris
Collection Jean-Louis Couturier.

 

Cornet COUTURIER à Lyon
Collection Jean-Louis Couturier.

Cornet COUESNON à barillet
Collection Jean-Louis Couturier.


Cornet F. BESSON - Paris
Collection Jean-Louis Couturier.

© Jean-Louis COUTURIER
[Avril 2010]

 
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