Connexion

SIte de Jean Louis Couturier

Display this website in english

Aperçu historique de la pratique du cor naturel en France.

Texte de la conférence donnée le 08 novembre 2012 à la Hochschule der Künste Bern,

dans le cadre du symposium "Romantic Brass II" organisé par l'Historic Brass Society.

 


APERÇU HISTORIQUE

DE LA PRATIQUE DU COR NATUREL EN FRANCE,

ET DE SON EMPLOI DANS LES ENSEMBLES A VENT

 

 


 

 

 

 

Introduction.

hez la plupart de nos concitoyens, le cor est certainement l'un des instruments de musique le plus ancré dans la mémoire collective, ce aujourd'hui comme hier.

Quelles sont les raisons d'une telle notoriété ?

L'instrument, présent dans une grande partie de l'histoire de France, a investi la mémoire de la Nation :

Dès le Moyen-Age, le cor est l'un des rares instruments représenté sur les vitraux de plusieurs cathédrales.

Depuis ces temps reculés, on trouve également la représentation de cet instrument sur les armoiries et blasons de nombreuses villes de France, ainsi que dans l'héraldique d'anciennes familles, à l'instar de celle des Princes d'Orange.

Chez les enfants, l'histoire du Chevalier Roland et de son olifant est aussi célèbre que celle de son oncle, l'Empereur Charlemagne, qui passa pour avoir inventé l'école.

Le rituel de la chasse, si important depuis l'époque féodale chez les seigneurs puis les rois, ne peut être dissocié de l'instrument. Ainsi, il n'est pas surprenant que le cor soit au coeur d'expressions usuelles, qui trouvent leur origine au ttravers de coutumes forts anciennes :

- « à cor et à cri » en est un bel exemple.

Dans l'esprit du grand public, le cor est d'ailleurs synonyme de la chasse.

Fort d'une renommé internationale, le poète Charles Trenet chantait en 1993, au sommet de sa gloire « J'aime le son du cor, le soir au fond des bois » d'après le célèbre poème d'Alfred de Vigny (1797-1863 ) "Le cor" affirmant ainsi la notoriété populaire de cet instrument évocateur auprès du grand public.

 

Sous le règne de Louis XV le cor s'intègre aux formations musicales militaires, trouvant de ce fait une vocation nouvelle. Parallèlement, dès la révolution de 1789, son emploi de plus en plus fréquent au sein des orchestres à vent lui ouvre d'autres perspectives. Les inventions et perfectionnements liés à la facture instrumentale en plein essor lors du XIX° siècle transformeront le cor naturel en cor chromatique.

Quand bien même, par delà le modernisme, le recours à l'instrument naturel a toujours fasciné nombre d'instrumentistes (En France son enseignement officiel au Conservatoire perdurera jusqu'en 1903 !).

C'est-ce type même d'instrument qui à cours aujourd'hui, dans un genre nouveau apparu en France au début des années soixante : l'orchestre de cuivres naturels. Tout d'abord apanage des musiques militaires professionnelles, ce genre s'est rapidement propagé partout en France au sein des sociétés musicales populaires, où le cor tient, depuis, un rôle prépondérant, ouvrant ainsi une nouvelle voie, totalement inattendue, généralisant sa pratique à un style opposé au répertoire de la vénerie.

Qu'il se présente aujourd'hui sous la forme de la trompe en ré en usage au sein des « débuchés/rallyes-trompes » ou sous l'aspect du cor de chasse en mi bémol des ensembles de cuivres naturels, le cor naturel trouve sa place et prouve ainsi sa popularité, pérennisée au sein d'ensembles musicaux issus d'une forte tradition musicale, particulière à la France.

 

 



Aux origines de l'instrument.


C'est un truisme de considérer le cor parmi les instruments de musique les plus anciens qui soient, puisque sa présence est révélée depuis la haute antiquité notamment chez les peuples Étrusques, Grecs et Romains. Il est vrai cependant que son origine peut-être confondue avec celle de la trompette par la proximité du même principe sonore : un simple tube, droit ou recourbé. Qui peut prétendre aujourd'hui que « l'ancêtre commun » la conque, coquillage marin répandu principalement dans l'hémisphère sud, est à l'origine particulière du cor plus que de la trompette... ou vice versa ? Bien que le cor ne soit pas assujetti de manière générale à la notion de divinité souvent attribuée à la trompette, référence dont il est fait mention dans les textes sacrés, son origine lointaine lui confère une antériorité historique incontestable au sein de la famille actuelle des cuivres.

 

Dans de nombreux pays du monde, depuis des âges reculés, des cornes animales (de bélier ou de taureau notamment) évidées par l'homme, se sont transformées en un instrument offrant une certaine palette sonore. Affirmer que le mot cor est une contraction de corne (cornu en latin) est un raccourci étymologique tentant, qui n'est certes pas à exclure, notamment si l'on considère que dans les langues germaniques anciennes « horn » signifie également corne.

 

En orient, de Bagdad à Byzance, il est fait mention de cors d'ivoire, issus du principe identique appliqué à une défense d'éléphant. Ainsi, au Moyen-Âge apparait le mot « oliphant », corruption d'éléphant (en grec le mot éléphas signifie à la fois éléphant et ivoire - en allemand : elfen = ivoire). Ces instruments précieux et rares, souvent richement décorés, étaient l'apanage des monarques, seigneurs ou riches chevaliers. Petit à petit, l'olifant devint un véritable insigne de chevalerie, incontournable, trouvant sa place au même titre que la lance ou l'épée.

 

Ceux issus d'anciennes générations qui gardent en mémoire les cours d'histoire de France dispensés naguère dès l'école primaire, auront encore certainement à l'esprit la fameuse histoire de Roland de Roncevaux. Effectivement, l'une des plus célèbres chansons de geste « La Chanson de Roland » narre avec moult détails, l'issue tragique de Roland, neveu et vassal de l'Empereur Charlemagne, qui, le 15 août 778, de retour d'Espagne, fut surprit dans les Pyrénées, au col de Roncevaux par une embuscade des Maures qui décimèrent, après de farouches combats, presque toute l'arrière-garde des troupes de Charlemagne confiées à Roland. Ce dernier, tentant de prévenir son oncle en renfort, mourut d'avoir sonné si fort l'olifant, qu'il se fit exploser la veine jugulaire. Bien que déjà parvenu en Gascogne l'Empereur Charlemagne, entend le puissant appel de son neveu et se porte aussitôt à son secours. Malheureusement, l'Empereur arrive trop tard. Roland a succombé à sa blessure, après avoir assommé un dernier Sarrasin d'un coup d'olifant. Ainsi l'olifant entra dans la légende de Roland, en y demeurant indissociable.



Détail d'un vitrail de la Cathédrale de Chartres (1205-1240) :

Roland sonne l'olifant, après avoir tenté de briser l'épée Durandal.




Jean Fouquet (1415-1481) :

La mort de Roland.

 

 

 

 

Un attribut de la noblesse, indissociable de la chasse


Dès le haut Moyen-Age, l'instrument se trouve une double vocation : cor de guerre utilisé par les chevaliers, il est également, compte tenu de son faible volume, l'instrument privilégié des nobles seigneurs jouissant du droit de chasser.




Sceau du Prince d'Orange (1137).

 

 

 

 

Sceau de Simon de Monfort (1200).

 

 

 

Veneur muni d'un cor,

avec son limier (1300).



Au sein de la société féodale, le droit de chasser est considéré comme un haut privilège essentiellement réservé à la noblesse. Cette distinction se perpétua durant de nombreux siècles et restera dans les esprits comme une idée particulièrement ancrée, qui perdurera jusqu'au début du XXème siècle.

Depuis cette période ancienne, antérieure à la Renaissance, le cor est étroitement lié à la chasse. Dès lors, cette association se mua en une véritable tradition à la fois musicale et sociale, encore bien vivace en ce début de XXIème siècle.

 

Si l'on se réfère aux nombreuses références historiques issues de périodes différentes, on constate alors que la chasse a été l'occupation favorite de la plupart des Rois de France de presque toutes les générations.

Le Comte de Foix Gaston III dit Phébus (1331-1391), fin lettré, prétend dans son ouvrage de vulgarisation le « Livre de chasse » (composé entre 1387 et 1389) que le chasse peut être considérée comme un acte rédemptoire pouvant conduire à gagner le paradis céleste. Outre ces considérations d'ordre philosophique, Gaston Phébus rédige un véritable traité de l'art de la chasse, ouvrage unique à son époque. Agrémenté de nombreuses illustrations, le livre nous offre une iconographie de premier plan, où le cor est très largement représenté.

 

La chasse du cerf (Livre de chasse de Gaston Phébus [1331-1391]).




Un maître enseigne à un groupe d'élèves l'apprentissage des

diverses sonneries de cor.

(Livre de chasse de Gaston Phébus [1331-1391]).




Il en est de même pour la somptueuse collection du Duc de Berry (1340-1416) qui englobe quelques uns des plus beaux manuscrits du siècle rassemblés par le fastueux prince, avec notamment les « Très riches heures du Duc de Berry » miniatures d'une rare précision graphique, commandées aux frères de Limbourg :

 

 

Les riches heures du Duc de Berry : Mois de décembre (1440).



Au Moyen-Age, il était coutume chez les princes et les grands seigneurs, d'annoncer le moment du repas au son du cor sans doute parce que cet instrument, étant employé pour la chasse et pour la guerre, était réputé pour être le plus noble de tous.

 

Pour Thoinot Arbeau in « L'Orchésographie » : « Le cor est un de ces instruments servant à la marche guerrière. Il sonne lorsque l'on punit de mort les soldats ».

 

Le Père Marin Mersenne , in« l'Harmonie Universelle » (1636) décrit un cor enroulé en sept spirales. Mersenne insiste sur le fait qu'un bon chasseur peut tirer de son cor autant de notes que sur une trompette, soit seize harmoniques.




 

Armoiries de la Ville de Chantilly (Oise).

Définition héraldique :

"D'azur à un cor de chasse d'or, au chef cousu de gueules semé d'arbres d'argent".

 

 

A la chasse, on ne parle plus de cor, mais de trompe. Sous Louis XV, la chasse, occupation favorite incontournable transmise au fils du Roi-Soleil s'amplifie. Le rituel de la chasse, notamment la chasse à courre, trouve son apogée sous Louis XV, notamment avec le Marquis Marc-Antoine de Dampierre (1676-1756), qui contribua à la grandeur de cette royale passion. Veneur, puis lieutenant de chasse du Duc du Maine, entré au service du roi en 1727, Dampierre fut un brillant sonneur de trompe. Il adopta un instrument enroulé sur un seul tour, donc beaucoup plus volumineux, que l'on dénomme encore aujourd'hui « trompe Dampierre ». Le Marquis de Dampierre composa plusieurs recueils de « Fanfares de chasse » et poursuivit le travail de codification du gibier. A chaque animal sauvage, correspond une fanfare particulière. Le recueil de Dampierre, qui instaure la tradition musicale de la vénerie s'articule donc comme un véritable bestiaire.

Aussi, la trompe (construite dans la tonalité éclatante de ré) devient indissociable de la pratique de la chasse montée

L'instrument, somme toute beaucoup trop volumineux, diminua de circonférance sous Louis XVI où il trouva sa forme actuelle.

 

 

Tableau de Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) - Musée des Augustins (Toulouse) :

Louis XV chassant le cerf à Saint-Germain-en-Laye (1730).

 

 

Moreau le Jeune (1741-1814) : L'atelier de fabrication des cors.

in l'Encyclopédie de Diderot.



Aller à la page suivante

 
Site hébergé par Websailors - Mentions légales
Créé avec Shopsailors